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La dette publique de la France, expliquée simplement

Près de 3 600 milliards d'euros, 119 % de la richesse produite en un an, et une charge d'intérêts qui grimpe. D'où vient la dette, où va l'argent public, et que proposent les partis pour la maîtriser ? Les chiffres officiels, poste par poste.

Publié le · 6 min de lecture

En bref
  • Fin juin 2026, la dette publique atteignait 3 595,5 milliards d'euros, soit 119 % du PIB, un record selon l'Insee.
  • La dette grossit parce que l'État, la Sécurité sociale et les collectivités dépensent chaque année plus qu'ils ne perçoivent, environ 5 % du PIB de déficit.
  • Le gouvernement prévoit 121,7 % du PIB fin 2027 ; les partis divergent surtout sur l'équilibre entre économies et nouvelles recettes.

Dette publique de la France · estimation en direct

3 639 061 165 830 €

soit environ 4 606 € de plus chaque seconde, 0,4 milliard par jour

Estimation : dernier chiffre officiel (3 595,5 milliards d'euros au 30 juin 2026, Insee) prolongé au rythme prévu par le gouvernement jusqu'à 3 814 milliards fin 2027 (projet de loi de finances). Prochain chiffre officiel de l'Insee : 18 décembre 2026.

Dette et déficit : deux notions à ne pas confondre

Le déficit est le trou d'une année : ce que les administrations publiques dépensent en plus de ce qu'elles perçoivent. La dette est l'accumulation de tous les déficits passés, que l'État finance en empruntant sur les marchés financiers, principalement sous forme d'obligations (les OAT).

Les deux chiffres officiels de référence :

  • Déficit public 2025 : 5,1 % du PIB, soit 152,5 milliards d'euros (Insee).
  • Dette publique fin juin 2026 : 3 595,5 milliards d'euros, soit 119,0 % du PIB. Le précédent record, 117,8 %, datait du premier trimestre 2021, en pleine crise sanitaire (Insee).

On parle de dette « au sens de Maastricht » : c'est la définition commune aux pays de l'Union européenne, qui permet de les comparer.

Qui doit cet argent ?

La dette publique n'est pas seulement celle de l'État. Fin juin 2026, elle se répartissait ainsi (Insee) :

AdministrationDette fin juin 2026Part
État2 942,1 Md€82 %
Sécurité sociale309,4 Md€9 %
Collectivités locales274,9 Md€8 %
Autres organismes centraux69,2 Md€2 %

L'État porte donc l'essentiel de la dette. Les collectivités locales, elles, ne peuvent emprunter que pour investir, jamais pour payer leurs dépenses courantes.

Où va l'argent public ? Les postes clés

En 2024, les administrations publiques ont dépensé 1 672 milliards d'euros, soit 57 % du PIB (Insee). Rapporté à 100 euros de dépense publique, cela donne :

PosteMontant 2024Pour 100 € dépensés
Protection sociale (retraites, famille, chômage, pauvreté)693 Md€41 €
Santé261 Md€16 €
Services généraux (administration, dont intérêts de la dette)181 Md€11 €
Affaires économiques (transports, aides aux entreprises, énergie)166 Md€10 €
Enseignement149 Md€9 €
Défense54 Md€3 €
Ordre et sécurité publics (police, justice)52 Md€3 €
Culture, sport et loisirs43 Md€3 €
Logement et équipements collectifs42 Md€3 €
Environnement30 Md€2 €

Deux enseignements : plus de la moitié de la dépense publique finance la protection sociale et la santé, à commencer par les retraites ; et les intérêts de la dette pèsent déjà autant que la défense.

Les intérêts, poste qui grimpe le plus vite

Emprunter a un coût. En 2024, les intérêts de la dette ont augmenté de 13,8 % pour atteindre 60 milliards d'euros pour l'ensemble des administrations (Insee). Dans le projet de budget pour 2027, la seule charge de la dette de l'État atteint 72,9 milliards d'euros, et le Trésor prévoit que la charge d'intérêts passe de 2,2 % du PIB en 2025 à 3,7 % en 2030.

Le budget 2027 et les règles européennes

Le projet de loi de finances pour 2027, présenté le 1er octobre 2026, prévoit :

  • un déficit de 5,0 % du PIB en 2027, après 5,4 % attendus en 2026 (au lieu des 5 % visés) ;
  • une dette de 121,7 % du PIB fin 2027, soit 3 814 milliards d'euros ;
  • un effort de 43 milliards d'euros de mesures nouvelles, dont 9 milliards d'économies sur l'État, 12 sur la sphère sociale, 5,5 sur les collectivités, le reste en recettes ;
  • une hypothèse de croissance de 1 %.

Ces chiffres doivent encore être votés par le Parlement. La France est par ailleurs sous procédure de déficit excessif de l'Union européenne depuis juillet 2024 : elle s'est engagée à repasser sous les 3 % de déficit en 2029. Le pacte de stabilité fixe deux repères, un déficit inférieur à 3 % du PIB et une dette tendant vers 60 % du PIB.

Ce que proposent les partis

Aucun parti n'a encore publié son programme complet pour 2027. Les pistes ci-dessous reprennent les programmes de 2022, les votes sur les budgets 2025 et 2026 et les déclarations récentes ; elles sont détaillées et sourcées dans notre fiche Fiscalité et dette publique.

PartiPistes avancées
RNEnviron 20 milliards d'euros d'économies par an visées ; refuse le retour de l'ISF ; a voté contre la taxe Zucman
LFI / NFPRétablir et renforcer l'ISF ; supprimer la « flat tax » ; a voté pour la taxe Zucman ; programme de dépenses nouvelles au chiffrage contesté
PS« Nouvel ISF » ciblé ; a voté pour la taxe Zucman ; objectif de dette non chiffré
Bloc central (Renaissance, MoDem, Horizons)Pas de retour de l'ISF ; maintien du prélèvement forfaitaire ; retour sous 3 % de déficit en 2029, conformément aux engagements européens
LRContre la taxe Zucman ; allègement des droits de succession (triplement des abattements proposé)
Les ÉcologistesFiscalité renforcée sur les très grandes fortunes ; pour la taxe Zucman ; TVA « verte »
ReconquêtePas de retour de l'ISF ; suppression des droits de succession pour les entreprises familiales

La taxe Zucman, du nom de l'économiste Gabriel Zucman, prévoit un impôt minimal de 2 % sur les patrimoines de plus de 100 millions d'euros. Elle a été rejetée à l'Assemblée nationale le 31 octobre 2025 (172 voix pour, 228 contre). Son rendement fait débat : environ 20 milliards d'euros par an selon son auteur, nettement moins selon d'autres économistes.

Au fond, trois leviers existent, et chaque programme les combine différemment : réduire les dépenses, augmenter les recettes (impôts, ou croissance plus forte qui fait rentrer davantage d'impôts), ou accepter plus de dette en misant sur l'investissement. Aucun n'est neutre : chacun a des gagnants, des perdants et des risques.

Et maintenant ?

La dette n'est ni une fatalité ni un détail : elle conditionne ce que le prochain président pourra financer. Pour juger les promesses, regardez qui les paie. Faites le test pour situer vos idées, puis comparez les positions dans la fiche Fiscalité et dette publique.

Sources

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